Découvrir des traces de rongeurs dans son appartement ou sa maison est une expérience stressante. Au-delà des bruits nocturnes et des dégâts matériels, la question de la responsabilité financière et opérationnelle devient rapidement un point de friction entre l’occupant et le bailleur. En tant que locataire, vous n’êtes pas démuni : la loi encadre strictement la salubrité des habitations. Comprendre la répartition des charges et les démarches à suivre est la première étape pour retrouver un foyer sain.
La répartition légale des frais de dératisation
La question centrale est celle du financement de l’intervention. Dans la grande majorité des cas, le coût de l’éradication des nuisibles incombe au propriétaire bailleur. Cette règle repose sur des fondements juridiques précis liés à l’entretien courant du logement.
L’obligation de délivrance d’un logement décent
Depuis la loi ÉLAN de 2018, la notion de logement décent inclut explicitement l’absence de toute infestation de nuisibles et de parasites. Le propriétaire a l’obligation légale de fournir un habitat sain au moment de la signature du bail et de le maintenir en état. Si des souris sont présentes dès votre emménagement ou si elles s’introduisent à cause d’un défaut structurel du bâtiment (fissures en façade, bas de porte non étanches, gaines techniques mal colmatées), le bailleur prend en charge l’intégralité des frais de traitement professionnel.
Le cas de la mauvaise hygiène du locataire
La responsabilité bascule si le propriétaire prouve que l’infestation est la conséquence directe d’un manque d’entretien. L’accumulation de déchets alimentaires, un stockage inapproprié de denrées ou une absence totale de nettoyage peuvent être considérés comme des fautes contractuelles. Dans ce scénario, le locataire finance la dératisation. Toutefois, cette preuve est difficile à apporter pour le bailleur, car les souris s’installent même dans des intérieurs propres si elles trouvent un accès facile.
La distinction entre produits et main-d’œuvre
Selon le décret du 26 août 1987, les produits de désinsectisation et de dératisation (pièges, raticides, gels) sont récupérables auprès du locataire au titre des charges locatives. En revanche, les frais de main-d’œuvre d’une entreprise spécialisée restent exclusivement à la charge du propriétaire. Si vous achetez vous-même quelques tapettes, vous financez l’achat, mais la facture d’une intervention professionnelle ne doit pas vous être répercutée.
Les démarches à suivre pour contraindre le propriétaire à agir
Si vous constatez la présence de souris, la réactivité est votre meilleure alliée. Ne vous contentez pas d’un appel téléphonique ou d’un SMS, car ces échanges n’ont aucune valeur juridique en cas de litige.

La notification officielle par courrier recommandé
Dès les premiers signes (crottes, bruits de grattage, emballages grignotés), envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à votre propriétaire ou à l’agence de gestion. Ce courrier détaille les nuisances constatées et demande une intervention sous un délai de 8 à 15 jours. Ce document constitue la preuve indispensable que vous avez alerté le bailleur.
Collecter les preuves de l’infestation
Pour appuyer votre demande, documentez la situation. Prenez des photos des excréments, des dégâts sur les câbles électriques ou les plinthes. Si vous identifiez par où les rongeurs entrent (un trou derrière l’évier ou une aération mal protégée), photographiez ces défauts. Cela démontre que l’infestation n’est pas liée à votre mode de vie, mais à l’état du bâti.
Le recours aux services d’hygiène de la mairie
Si le propriétaire fait la sourde oreille, sollicitez le Service Communal d’Hygiène et de Santé (SCHS) de votre mairie. Un inspecteur peut se déplacer pour constater l’insalubrité du logement. Son rapport de visite a un poids considérable : il peut obliger le propriétaire à réaliser les travaux sous peine d’amendes administratives.
| Situation | Responsable des frais | Action recommandée |
|---|---|---|
| Souris présentes à l’état des lieux d’entrée | Propriétaire | Mentionner sur le bail et exiger un traitement immédiat. |
| Infestation due à des fissures dans les murs | Propriétaire | Envoyer une LRAR pour demander le rebouchage et le traitement. |
| Présence de souris dans les parties communes | Copropriété (Syndic) | Alerter le syndic de copropriété via le propriétaire. |
| Infestation causée par un défaut de nettoyage avéré | Locataire | Assainir les lieux et utiliser des dispositifs de capture. |
Comprendre la psychologie du rongeur pour mieux s’en protéger
Pour résoudre durablement le problème, il faut comprendre que la souris cherche un triptyque essentiel : chaleur, nourriture et sécurité.
Une infestation ne se résout pas par une force brute et ponctuelle, mais par une capacité à maintenir une tension constante sur l’environnement pour le rendre inhospitalier. Même après le passage d’un dératiseur, si les points d’entrée ne sont pas colmatés avec des matériaux résistants (comme de la laine d’acier), la pression extérieure des rongeurs finira par faire céder les défenses les plus fragiles. Envisagez la protection du logement comme un système dynamique qui repousse systématiquement toute tentative d’intrusion par une étanchéité physique irréprochable.
Les points critiques à inspecter
Faites le tour de votre logement avec une lampe torche et vérifiez les zones suivantes : les passages de tuyauteries sous l’évier et derrière les WC, l’espace sous les meubles de cuisine, les coffrages de volets roulants, ainsi que les gaines électriques arrivant au tableau de bord. Une souris passe dans un trou de la taille d’un stylo bille. Si vous voyez un interstice, considérez-le comme une porte ouverte.
Quels sont vos recours en cas de blocage persistant ?
Si le bailleur refuse d’intervenir, prétextant que les souris font partie de la vie citadine, plusieurs leviers juridiques s’offrent à vous.
La Commission Départementale de Conciliation (CDC)
C’est une étape gratuite et efficace. La CDC réunit locataires et propriétaires pour trouver un accord amiable sans passer par le tribunal. La présence de souris étant un manquement à l’obligation de décence, les conciliateurs rappellent fermement la loi au propriétaire récalcitrant.
La suspension du loyer : une erreur à éviter
Il est formellement interdit d’arrêter de payer son loyer de son propre chef, même si le logement est infesté. Cela vous mettrait en tort et pourrait conduire à la résiliation de votre bail. Seul un juge peut autoriser la consignation des loyers auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations en attendant que les travaux soient réalisés.
L’action en justice pour l’exécution des travaux
Si rien ne bouge, vous pouvez saisir le tribunal de proximité. Le juge peut condamner le propriétaire à faire réaliser la dératisation sous astreinte et éventuellement vous accorder une réduction de loyer pour le préjudice subi. Pour un dossier solide, joignez le rapport du service d’hygiène, vos courriers recommandés et des témoignages de voisins si l’immeuble entier est touché.
Prévenir le retour des souris après le traitement
Une fois que l’expert est passé, ne relâchez pas la vigilance. La prévention est moins coûteuse et moins stressante que l’extermination.
Adoptez un stockage hermétique en transvasant vos paquets de pâtes, de riz et de céréales dans des bocaux en verre ou en plastique dur. Les boîtes en carton sont inutiles contre les incisives des rongeurs. Gérez vos déchets avec une poubelle munie d’un couvercle qui ferme hermétiquement et ne laissez jamais de sacs traîner au sol. Aspirez régulièrement les zones sombres, notamment derrière le réfrigérateur et sous la cuisinière, là où les miettes s’accumulent. Enfin, bien qu’ils ne remplacent pas une dératisation en cas d’infestation massive, l’huile essentielle de menthe poivrée ou le vinaigre blanc peuvent dissuader les éclaireurs de s’attarder chez vous.
En résumé, si vous êtes locataire et que vous avez des souris, la loi est majoritairement de votre côté. Ne tardez pas à agir, formalisez vos échanges et rappelez à votre propriétaire ses obligations liées à la décence du logement. Un habitat sain est un droit garanti par votre contrat de location.